Mick Jagger hoquetant des insanités, les Who interprétant une symphonie pour tambourins et marteaux piqueurs, Eric Clapton se lançant dans un solo de free jazz bruitiste et déjanté… Ce sont quelques uns des clips qu'on peut glaner sur le net, tous répertoriés sous l'intitulé bizarre de "Shred Videos". Kesako ? Le mot vient du verbe anglais qui signifie littéralement "déchirer", "déchiqueter". Un terme utilisé aussi dans le jargon guitaristique pour désigner un solo particulièrement rapide (l'expression est apparue vers 1974, attribuée au guitariste des Scorpions Ulrich Roth) .
Le principe d'une "shred video" est simple : il s'agit d'un clip, en général filmé live, dont on a bricolé la bande son pour en faire une parodie. Le résultat, pour peu qu'il soit habilement réalisé, est souvent désopilant. A l'image de ce faux clip des Beatles, qui sonne pourtant presque plus vrai que nature…
Le procédé ne date pas d'aujourd'hui. Le premier à l'avoir utilisé est un finlandais nommé Santeri Ojala, dès 2007. Regardant un jour un concert de Steve Vaï à la télé, il eut l'idée de couper le son, de s'amuser à jouer (mal) de la guitare par-dessus et d'enregistrer le tout. Balancée sur Youtube, la vidéo fut visionnée des centaines de milliers de fois en quelques semaines.
Le premier épaté par ce succès, Ojala, sous le pseudo de StSanders, en réalisa des dizaines d'autres, s'attaquant de préférence aux guitaristes virtuoses comme Angus Young, Slash, Yngwie Malmsteen ou Santana. Avant de se lancer dans la parodie de groupes comme Queen, Dire Straits ou, surtout, la plus célèbre, celle de Kiss.
Un triomphe tel qu'en février 2008, Youtube se crut obligé de supprimer toutes les vidéos, arguant avoir reçu des plaintes concernant les droits d'auteurs et de nombreuses protestations d'internautes fans des artistes ainsi raillés. Pourtant, Steve Vaï lui-même, avait affirmé publiquement avoir adoré sa propre parodie, ajoutant même qu'il fallait être un sacrément bon guitariste pour réussir à jouer aussi volontairement mal…
Depuis, la plupart des clips ont refleuri sur le net, d'autant que d'autres bricoleurs ont pris la relève, avec plus ou moins de bonheur. Quant à Ojala, le pionnier du shred, on peut visionner toutes ses vidéos sur son site personnel (http://stsanders.com/www/pages/videos.php)

