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    Jon Lord : amours, délires et orgues

    Jon LordSur scène, il se tenait sur le côté, discret derrière ses claviers. Mais sans lui, Deep Purple n'aurait sans doute été qu'un groupe de hard rock de plus. Car Jon Lord, qui vient de disparaître à l'âge de 71 ans des suites d'un cancer du pancréas, a inventé plus qu'une façon de jouer, une véritable griffe sonore. Ce premier prix de conservatoire londonien converti au binaire, avait eu l'idée de brancher son orgue Hammond sur un ampli Marshall. Le rock progressif, mélange acrobatique même si parfois un peu pompeux de hard et de musique classique, était né. Même si, un an avant lui, un nommé Gary Brooker avait tenté de réécrire Bach avec le tube de Procol Harum, "A Whiter Shade of Pale", et que la même année, un autre virtuose nommé Keith Emerson allait fonder le groupe The Nice en jouant des claviers à couteaux tirés.

    Pourpre profond. L'intitulé du groupe dans lequel Jon Lord officia jusqu'en 2002, collait à merveille avec les sons qu'il  tirait de son instrument : à la fois lyriques et brutaux, tout en nappes et distorsions. Une sorte de mariage  improbable mais réussi avec la guitare de Ritchie Blackmore, qui allait conduire Deep Purple à un succès planétaire, faisant même la pige à l'intouchable Led Zeppelin.

    Outre sa participation à l'écriture du désormais classique "Smoke on the Water", Lord composa et arrangea seul l'une des premières tentatives de fusion entre un groupe de rock et un orchestre symphonique : un album enregistré live le 24 septembre 1969 au Royal Albert Hall de Londres, avec le Royal Philharmonic Orchestra. Une expérience qu'il réédita plusieurs fois, notamment dans la poignée de disques solo publiés sous son nom jusqu'en  1998, comme "Sarabande", avec la participation d'Andy Summers, futur gratteux de The Police.

    Deep Purple désintégré en 76, Lord fonde le trio Paice-Ashton-Lord le temps d'un album, puis rejoint Whitesnake, groupe dissident avant de retrouver ses vieux compères lors de la reformation du Pourpre, six ans après. Il le quittera définitivement en 2002, se consacrant à un combo de blues intitulé The Hoochie Coochie Men.

    Le blues, voilà la musique qui animait vraiment celui qui aurait pu devenir un concertiste classique. A la différence de ses collègues progressifs, Keith Emerson déjà cité ou Rick Wakeman de Yes, Lord n'a jamais succombé à la tentation d'exhiber une virtuosité gratuite à coups de solo prétentieux et d'esbroufe scénique. Juste l'organiste du groupe, un élément fondateur indispensable, un pilier essentiel à sa cohésion musicale.

    Lord, ça veut dire seigneur. Sans doute que tout là haut, il a retrouvé de quoi jouer de l'orgue jusqu'à la fin des temps.