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    Gérard Rinaldi : un Charlot au paradis

    (photo AFP)

    Je sais, c'est pas sérieux, mais moi j'aimais bien les Charlots. Ces faux rockers à la frange Beatles mâtinée de Monty Python ont égayé les années 70 avec leurs chansons joyeusement débiles, sorte de versant branché (pour l'époque) de Carlos revisité par Dutronc, que ne renierait pas aujourd'hui Philippe Katerine. Car ces iconoclastes farfelus, seul groupe français avec Téléphone à avoir fait la première partie des Rolling Stones (sic), n'hésitaient pas à détourner le célébrissime « Hey Joe », transformé en « Hey Max », et à faire rigoler même les plus féroces aficionados d'Hendrix.

    Faux Beatles...Je me souviens d'un super 45 tours (quatre morceaux pour le prix de deux) baptisé « Elle a gagné le yoyo en bois du Japon avec la ficelle du même métal » (resic), avec, en face B, une ritournelle se gaussant du Père Noël. Sans oublier, deux décennies avant les Nuls, une désopilante satire des jingles de pubs (on disait « réclames ») du moment, et les immortels et toujours d'actualité « Merci patron », « Sois érotique » ou « Paulette la reine des paupiettes ».

    Les Charlots ont débuté sous le non moins improbable patronyme des Problèmes, accompagnateurs du chanteur Antoine qui se baladait déjà en chemises à fleurs mais sur le plancher des vaches : sa joute musicale avec Johnny, « Elucubrations » contre « Cheveux longs, idées courtes », est restée gravée dans notre patrimoine historique et culturel, un peu comme Marignan 1515. Aujourd'hui, il paraît qu'ils se sont réconciliés, la preuve, ils vendent tous deux des lunettes.

    Le problème des Charlots, comme celui de tout artiste rigolo qui finit par se prendre au sérieux, c'était le cinéma. La série de films à eux consacrés (« en délire », « font Espagne », « s'en vont en guerre », « contre Dracula », et autres «bidasses en folie ») figure sans aucun doute au panthéon des plus grands nanars du cinéma français, loin devant les « Sous-doués ».

    Dans les Charlots, il y avait Luis Rego, plus tard devenu l'un des piliers du « Tribunal des flagrants délires », show radiophonique diffusé sur France Inter, aux côtés du regretté Pierre Desproges. Mais le Charlot en chef, celui dont le gosier grave (capable d'imiter Gainsbourg à la perfection) se distinguait du lot, c'était Gérard Rinaldi. Lui, s'était recyclé en comédien populaire, au théâtre et surtout dans la série télévisée « Marc et Sophie », sorte de « Un gars, une fille » avant l'heure. On le sait peu, mais il prêtait aussi sa voix à Dingo, dans la version française des dessins animés de Walt Disney. Il y a trois ans, il était remonté sur scène avec un ex-complice, Jean Sarrus, pour la tournée nostalgique baptisée « Âge tendre et têtes de bois ».

    Gérard Rinaldi, le Charlot chantant, est décédé vendredi, à l'âge de 69 ans. On lui souhaite bon voyage, sur la route de Pen'zac du paradis.

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