L'information est restée discrète chez nous, distance et culture obligent. Il y a une dizaine de jours, l'une des chanteuses les plus populaires au Pakistan, Ghazala Javed, 24 ans, surnommée Miss Pooja, a été assassinée en pleine rue.
Ghazala Javed
Le drame s'est déroulé à Peshawar, l'une des grandes villes du nord du pays : alors que la jeune femme sortait d'un salon de beauté en compagnie de son père, deux hommes à moto l'ont criblée de balles avant de prendre la fuite. Les auteurs du meurtre n'ont pas encore été retrouvés et si la police soupçonne une vengeance familiale (la chanteuse venait de demander le divorce d'avec un influent homme d'affaires), certains observateurs locaux émettent une autre hypothèse : la chanteuse avait reçu à plusieurs reprises des menaces venant des milieux islamistes. Ghazala Javed avait déjà enregistré plusieurs albums en langue pachtoune et était devenue une sorte de symbole féministe.
Les crimes dont sont victimes les chanteurs, qui, jusqu'à preuve du contraire sont des êtres humains comme les autres, suscitent toujours une très vive émotion. Comme si ôter volontairement la vie à un artiste était un acte sacrilège, d'avantage par exemple que s'il s'agissait d'une personnalité politique. C'est que les musiciens conservent une place à part dans une société qui a tendance à les considérer comme d'inoffensifs troubadours dont la mission sur terre consiste surtout à répandre des mélodies et donc du bonheur.
On se souvient évidemment de l'assassinat de John Lennon, et du traumatisme international qu'il a causé. Du pionnier de la soul Sam Cooke, tué par la gérante d'un motel, à Marvin Gaye, assassiné par son père, en passant par le bassiste virtuose Jaco Pastorius, massacré par un portier de discothèque, ou Peter Tosh, légende du reggae, victime d'un règlement de comptes, ils sont plus nombreux qu'on ne croit les artistes disparus dans des circonstances tragiques et violentes.
Lounes MatoubDes circonstances parfois politiques : Lounès Matoub, artiste kabyle, militant pour la démocratie et la laïcité en Algérie, a été assassiné en 1998 dans des conditions demeurées mystérieuses. Comme Cheb Hasni, star du raï algérien, dont le meurtre en 1994 n'a jamais été élucidé.
Victor Jara, chanteur chilien membre du parti communiste qui n'avait cessé de dénoncer la dictature et le fascisme, a été emprisonné, torturé et mis à mort dans les geôles militaires, en 1973. Des voix, cette fois nullement inoffensives, qu'il fallait à tout prix faire taire…
Suzanne Tamim
Meurtres en tous genres… La chanteuse libanaise Susan Tamim retrouvée égorgée dans son appartement de Dubaï, en juillet 2008. Lucky Dube, star du reggae sud africain, flingué par des voleurs de voitures en 2007 à Johannesburg. Le rappeur Tupac Shakur victime d'une guerre de gangs,
tout comme son collègue Notorious B.I.G. Darrell Abbott,
ex-guitariste du groupe de heavy metal Pantera, abattu sur scène par un fan déséquilibré. Selena, reine de la musique tex-mex, assassinée par la présidente de son fan club. Sirima, chanteuse française d'origine skri-lankaise découverte par Jean-Jacques Goldman, poignardée par son petit ami, en 1989…
Cette funèbre liste des chanteurs tombés au champ d'horreur est hélas loin d'être exhaustive. En Afrique, on dit qu'un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle. Un artiste qui disparaît, serait-ce un ange de plus ?

