Dans moins d'un mois, on vote. Echéance électorale oblige, chaque candidat fourbit ses armes… et sa musique. Des hymnes de campagne censés scander les meetings et les spots publicitaires et illustrer la personnalité du brigueur de fonction suprême. Pour Nicolas Sarkozy, une sorte de B.O. héroïco-dramatique, entre Batman et Ford Boyard, composée par Laurent Ferlet (le générique de la série "Une femme d'honneur" , c'était lui) et enregistrée… en Bulgarie. (http://www.youtube.com/watch?v=jXg5qLvodCQ&feature=related)
Pour François Hollande, après la chorégraphie gesticulatoire à bras raccourcis dont on s'est déjà abondamment gaussé, un instrumental discoïde façon Macumba de Melun, sans doute composé avec un logiciel numérique à cent balles, zébré d'une litanie robotique bégayant que "le changement c'est maintenant". (http://tempsreel.nouvelobs.com/video/xoftw2.VID/le-ps-revele-la-musique-de-campagne-de-francois-hollande.html=
Pour François Bayrou, une sorte de folk-blues gospel à la guitare, rappelant vaguement le "Toute la musique que j'aime" de Johnny, avec choeurs gospel et "yeaaah" pas très franchouillards. (http://www.youtube.com/watch?v=pq7rK4TxEsU)
Pour Jean-Luc Mélanchon, c'est (forcément) "L'Internationale", après un pastiche non officiel du "Luxor j'adore" de Philippe Katerine, qui a fait un tabac sur le net. (http://www.youtube.com/watch?v=h8jtM8OfAIw&feature=related)
Eva Joly, après s'être fait accuser par le groupe Clara Clara d'avoir utilisé sa chanson "One on one" sans autorisation, s'est rabattue sur un genre de rap celtique, slam bretonisant digne des festoù-noz armoricains, dans lequel le prénom de notre ex-juge à lunettes rouges est (tri) martelé à l'envie. (http://www.dailymotion.com/video/xpgclg_je-vote-eva-le-clip-du-meeting-de-roubaix_news#from=embed)
Pour Marine Le Pen, un genre de jingle sautillant façon pub de boisson gazeuse, qui nous incite à être "tous ensemble" avec qui vous savez (elle aussi aurait pu piocher dans le répertoire de Katerine, qui lui a même consacré jadis une fot sémillante chanson…) (http://www.youtube.com/watch?v=nFahpwlozAg)
Pour les autres candidats, je n'ai rien réussi à dégotter : peut-être n'aiment-ils point la musique ou, au contraire, sont-ils trop mélomanes pour oser polluer nos pauvres esgourdes.
Bref, un bilan assez piteux pour un pays où, paraît-il, tout commence et finit par des chansons. D'autant que les présidentielles allusions musicales ne manquent pas dans notre patrimoine national. Du "Déserteur" de Boris Vian ("Monsieur le président, je vous fais une lettre…"), à "Si j'étais président" de Gérard Lenorman, en passant par Delpech ("Inventaire 66"), Sardou ("Monsieur le président de France") ou notre cousin Charlebois ("La marche du président"), y'avait de quoi faire. Mention spéciale pour Jacques Chirac, qui a inspiré moult artistes de chez nous, du "Bruit et l'odeur" de Zebda au "Chirac en prison" des Wampas.
Pour terminer en rythme, signalons la récente chanson d'Arman Méliès, intitulée "Mes chers amis", ironiquement composée pour l'anniversaire d'un certain Nicolas avec des extraits glaçants d'un de ses discours. ( http://www.armanmelies.com/)
De toute façon, dans quelques semaines, ce sera à nous, électeurs, de démontrer qu'on connaît la musique.

