Dans un film muet, par définition, y'a pas de son. En tout cas, les vrais, ceux de l'époque où les acteurs mimaient la parole et affichaient moult expressions, colériques, indignées, ravies, amoureuses, rien qu'avec les muscles du visage et les mouvements du corps. Une performance qu'un certain Jean Dujardin a réalisée récemment avec le succès international qu'on connaît. Pas de son, donc pas de musique. A l'époque —ok, on n'était pas né-, les projections de films se déroulaient avec le concours d'un musicien, en général un pianiste, qui ponctuait les scènes à coups de clavier, souvent sur un rythme de ragtime standard.
D'où l'envie de certains compositeurs d'écrire des musiques pour ces films qui n'en avaient pas. Exemple tout récent, le duo Air qui vient d'enregistrer une bande son pour illustrer le fameux « Voyage dans la lune » de Georges Méliès (1902). Une musique électro-pop-symphonique lunaire, avec plein de cratères et de… poussière d'étoiles.
Air : « Le voyage dans la lune »
Mais le principe ne date pas d'aujourd'hui. Déjà, en 1984, Georgio Moroder, le producteur italien moustachu et synthétique, auteur de plusieurs tubes disco pour, entre autres, Donna Summer, s'était attaqué à l'un des classiques recolorisés du cinéma muet : le « Metropolis » de Fritz Lang (1926). Une initiative plutôt critiquée à l'époque, et qui, aujourd'hui, peut prêter à sourire : la musique de Moroder, avec entre autres Pat Benatar, Freddie Mercury, Bonnie Tyler ou Adam Ant, a vieilli beaucoup plus que le film de Lang…
Georgio Moroder : "Metropolis"
Depuis, on compte bien d'autres tentatives du même métal, les plus notables restant celles de Rodolphe Burger (ex Kat Onoma), initiateur d'une série de « ciné-concerts » au cours desquels il jouait en direct une musique spécialement écrite pour le film « L'inconnu » de Tod Browning (1927). Et celle du groupe français Art Zoyd, musiciens dans la lignée de Magma, qui, dès 1989, composèrent une B.O. pour l'extraordinaire « Nosferatu » de Murnau… ancêtre des films de vampires contemporains.
Art Zoyd : « Nosferatu »
Mais le compositeur le plus chanceux reste Ludovic Bourse, auteur de la musique du plébiscité « The Artist », et couronné d'un Golden Globe. On en reste muet d'admiration…
Bande annonce « The Artist »

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