Il y a encore dix jours, Nathalie Kosciusko-Morizet traitait Hollande de "candidat mou"". Elle l'accusait même d'avoir peur de la confrontation avec Nicolas Sarkozy. À l'UMP, c'était un leitmotiv. "Hollande a peur, il fuit", écrivait Frédéric Lefebvre. ""Il a peur du débat", affirmait Juppé. "Il a peur de prendre le moindre risque", ajoutait Copé. ""Une peur panique de déplaire", estimait Bertrand. Nicolas Sarkozy lui-même dénonçait le manque de courage de son adversaire en déclarant à la tribune d'un meeting : "M. Hollande ne doit pas fuir !"
Mais en sortant du studio mercredi soir, Nicolas Sarkozy a dû en convenir : François Hollande n'est pas si mou que ça. Il l'a même jugé agressif, et il avait raison.
De son côté, NKM était outrée que François Hollande ait osé couper la parole au Président de la République. Après avoir passé cinq ans au Gouvernement, elle n'imaginait pas que ce fût possible. Faut dire que par moments, Sarko n'arrivait plus à en placer une.
À tel point qu'il a dû demander à Hollande de le laisser finir ses phrases... Mais même là, il a eu du mal. "S'il vous plaît, Monsieur Hollande, laissez-moi …" Pas le temps de finir, Hollande l'interrompait à nouveau. Alors il a répété trois ou quatre fois de suite : "Monsieur Hollande, laissez-moi… Monsieur Hollande, laissez-moi …" Laissez-moi tranquille ? Laissez-moi reprendre mon souffle ? Laissez-moi quoi ? On ne saura jamais puisqu'il n'a pas pu finir sa phrase...
"Le Combat des Chefs"
C'est le titre d'un album d'Astérix paru en 1965. L'année où le Général a refusé de débattre avec Mitterrand, qui s'était qualifié pour le second tour de la Présidentielle.
Abraracourcix, le chef du village, doit affronter le chef d'un village voisin qui l'a défié en combat singulier. Le problème, c'est que le druide Panoramix est devenu fou parce que Obélix lui a balancé un menhir sur la tête. Du coup, il a oublié la formule de la potion magique.
Ça fait un peu penser à Patrick Buisson, le druide de Sarkozy. Après avoir mis au point la formule de la potion magique qui avait permis la victoire en 2007, en 2012, il est devenu fou. Aurait-il pris un menhir breton sur la tête ?
Dans "Le Combat des Chefs", les deux candidats s'affrontent sur un ring. À la place de Pujadas et Ferrari, c'est un Romain qui arbitre le duel. "Tous les coups sont permis, prévient-il. Maintenant, que chacun aille dans son coin et, au premier coup de buccin, commencez le combat. Que le meilleur gagne !"
De quoi Hollande est capable
Hollande adore la boxe. L'autre jour dans "L'Équipe", il avouait même une prédilection pour "les affiches des poids-lourds". En référence, il citait la célèbre victoire de Mohamed Ali sur George Foreman à Kinshasa en 1974 : une victoire intelligente où Mohamed Ali a laissé son opposant se fatiguer pour finalement le mettre KO...
Manifestement, face au punch de Sarkozy, Hollande a adopté la même tactique. Sur RTL, il rappelait la leçon qu'il faut retenir de ce combat d'anthologie : "Il est très important d'épuiser l'adversaire". Il y a un an, si la fraise Tagada avait osé se comparer à Mohamed Ali, on lui aurait ri au nez. "Float like a butterly, sting like a bee", c'est pas le genre de slogan qu'un capitaine de pédalo est censé afficher sur son T-shirt...
Pour illustrer le jeu de jambes de Hollande, son sens de l'esquive, Jean-François Copé préférait le comparer à une anguille plutôt qu'à un papillon. Il imaginait sans doute que le débat serait l'occasion de coincer l'anguille. Et là ! Bam ! Bam ! Bam ! Deux, trois coups de gourdin derrière les oreilles (à la manière de Maïté) et hop ! On n'en parle plus.
Mais le gourdin est-il l'arme idéale pour la chasse au papillon ? Pendant toute la campagne, Sarkozy a couru derrière Hollande en brandissant son gourdin. "Je vais l'exploser", laissait-il entendre. Ça lui donnait un air viril.
Pourtant, sur le ring, c'est lui qui a failli exploser. De rage, d'abord. Il aurait tellement aimé attraper Hollande par le revers du veston, peut-être même le secouer un peu en hurlant : "Répète qu'il est pas bon mon bilan ! Vas-y répète un peu pour voir !" Evidemment, les conséquences pour son image risquaient d'être désastreuses, mais ça lui aurait fait du bien de vider son sac.
Le problème, c'est que depuis cinq ans, tout le monde baisse les yeux quand Sarkozy pique une colère. Alors forcément, il n'est pas très entraîné à se défendre. Il aurait dû préparer le débat avec Copé comme sparring-partner. C'est un bon Copé. La preuve, Hollande n'a pas réussi à le battre lorsqu'ils étaient face-à-face à "Des paroles et des actes".
Tandis que là ! Quand Hollande passe seize fois "Moi, président" sans que Sarkozy réagisse, à chaque fois, c'est un direct qui arrive au visage. Dans un combat de boxe, ça n'arrive jamais. Quand un boxeur encaisse plus d'une dizaine de coups en série, sans même lever les mains pour se défendre, c'est qu'il est sonné. Généralement, son entraîneur jette l'éponge, sinon l'arbitre interrompt le combat...
Qui est "le vrai" François Hollande ?
En septembre 2011, Serge Raffy du "Nouvel Obs" a publié une biographie de Hollande. Le bouquin s'intitule "Itinéraire Secret" et s'applique a démontrer que derrière "un masque de jovialité", François Hollande cache un tempérament assez différent de ce qu'on imagine. Pour l'instant, Raffy n'en a vendu que 15 000 exemplaires, mais la semaine prochaine, les ventes grimperont peut-être.
Pour ne citer qu'une anecdote du livre, on y apprend que dans sa jeunesse, François était surnommé "le kamikaze". Forcément, ça surprend. On imagine mal Hollande se nouer un bandeau rouge autour du crâne et se précipiter à l'Elysée en criant "Banzaï !". Et pourtant...
Raffy raconte que dans sa jeunesse, Hollande a eu un pote qui adorait trafiquer le moteur des mobylettes pour les transformer en engins de course. François n'était pas très doué en mécanique, mais c'était un pilote d'essais hors-pair. Au moment de tester les bolides, c'est lui qui prenait le plus de risques pour pousser les moteurs dans leurs derniers retranchements. À force de le voir frôler les rétroviseurs et zig-zaguer entre les camions, ses copains ont fini par le traiter de kamikaze, au point que c'est devenu un surnom.
En voyant passer ce jeune excité sur sa mobylette pétaradante dans les rues de Neuilly, qui aurait eu envie de lui confier le guidon de la France ?


