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    Aung San Suu Kyi réclame une révision de la Constitution birmane

    DAWEI, Birmanie (Reuters) - Aung San Suu Kyi, chef de file de l'opposition birmane, a réclamé dimanche des modifications à la Constitution adoptée par les militaires en 2008, lors de son premier déplacement à caractère politique dans le pays depuis qu'elle a mis fin l'an dernier à son boycott du système politique et annoncé qu'elle était candidate à une législative partielle.

    Des milliers de personnes s'étaient rangées le long des routes et ont scandé "Vive mère Suu!" lorsque son cortège de voitures a traversé la région côtière de Dawei, à plus de 600 km au sud de l'ex-capitale Rangoun, où elle vit.

    Son déplacement, le quatrième seulement en-dehors de Rangoun depuis que le régime a mis fin à son assignation à résidence en novembre 2010, illustre le rôle de plus en plus important que la lauréate du prix Nobel de la paix joue alors que la Birmanie, pays de 60 millions d'habitants, sort de son isolement diplomatique et se démocratise progressivement.

    "Certaines lois sont des obstacles à la liberté et nous nous battrons pour qu'elles soient abrogées par voie législative", a déclaré l'opposante, sous les acclamations de ses partisans, après avoir rencontré des responsables de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), sa formation politique, à Dawei.

    Le discours qu'elle a prononcé dimanche a donné un panorama des différentes luttes qu'elle entend mener au parlement si elle y est élue lors des élections partielles prévues le 1er avril.

    Elle a expliqué qu'elle souhaitait notamment la révision de la Constitution de 2008, qui a conféré des pouvoirs étendus à l'armée, notamment la faculté de désigner les ministres, de contrôler un quart des sièges au parlement, et, en cas de situation d'urgence, de contrôler totalement le pays.

    "Nous devrons amender certains pans de la Constitution", a-t-elle dit, en rappelant que la communauté internationale était prête à aider la Birmanie "dès que nous aurons amorcé un processus de démocratisation irréversible".

    PLUS EFFICACE AU PARLEMENT?

    Les conflits entre l'armée et différentes organisations de rébellion se battant pour des minorités ethniques doivent en outre être résolus, a-t-elle continué. De violents combats ont eu lieu récemment dans l'Etat de Kachin. D'autres guérillas ont vu le jour dans nombre d'autres régions depuis l'accession à l'indépendance en 1948.

    "Nous ne devons pas avoir peur de la diversité, nous devons nous en réjouir", a estimé Aung San Suu Kyi.

    "Elle tient un discours de plus en plus ouvertement politique", a déclaré un diplomate présent dans la foule, à Dawei, ajoutant : "Je pense que c'est le meilleur discours que nous ayons entendu de sa part".

    Suu Kyi, qui a 66 ans, et ses alliés politiques brigueront 48 sièges lors des élections partielles du 1er avril.

    En juillet dernier, la chef de la LND s'était rendue en visite à Bagan au nord de Rangoun, où elle avait été suivie par des policiers en civil et avait préféré rester discrète, par peur d'un attentat contre son cortège de voitures, comme celui qui avait fait 70 morts parmi ses partisans en 2003.

    Pour beaucoup, en Birmanie, un grand changement s'est opéré pour Aung San Suu Kyi le 19 août dernier, lorsqu'elle a été reçue par le président birman, Thein Sein, dans la nouvelle capitale, Naypyitaw. Le chef de l'Etat a appelé depuis lors le parlement à poursuivre les réformes, tandis que Suu Kyi exprimait son soutien au gouvernement civil en place depuis mars.

    Pour ses partisans, l'élection de Suu Kyi permettrait de faire entendre une grande voix de la démocratie au sein du parlement, où nombre d'élus rechignent à exprimer leurs points de vue.

    "Elle pourra être plus efficace en siégeant au parlement qu'en restant au-dehors. Certains projets essentiels doivent être engagés d'urgence, dans les domaines politiques et sur les questions touchant aux conflits ethniques", a déclaré Ko Htin Kyaw, dissident emprisonné en 2007 et libéré ce mois-ci dans le cadre d'une amnistie.

    Eric Faye pour le service français

     

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