Rien ne justifie le crime absolu de Mohamed Merah. Il y a au départ chez lui le désir de s’affirmer en exécutant l’autre. Il est vrai que l’exécution du rival est, comme l’atermoiement avec la mort, le ressort de notre condition. Sauf que l’exécution du rival a pour théâtre l’imaginaire, scène de l’exutoire qui conjure nos fantasmes et nous décharge symboliquement de l’élimination du rival. Or c’est le glissement du symbolique et de l’imaginaire au réel qui définit la folie. Aussi, au plan individuel, l’acte de Merah est-il un acte fou.
Et la folie la pire est celle qui paraît raisonnée, froide et qui se justifie par l’idéologie. Derrière l’acte fou, en amont, a été intériorisé par le criminel le statut de victime. Victime de l’Occident perçu persécuteur de l’islam à travers les Croisades, le colonialisme, la spoliation de la Palestine. Ce fallacieux argumentaire rend celui qui y croit un être réactif et non actif.
Quelle différence y a-t-il entre action et réaction ? L’action amène le sujet à considérer son projet comme étant né en soi et pour soi ; il compte sur ses forces pour le concrétiser ; en son geste positif rayonne le oui, vocable de l’affirmation de soi et de l’acquiescement à ce qui vient. Une telle structure instaure la souveraineté du sujet ; elle engendre son pouvoir sans se laisser asservir par l’ascendant de l’autre ; elle donne au sujet son autonomie dans la mesure où il prend conscience que son action est interactive, qu’elle ne s’accomplit pas dans un splendide isolement mais dans la relation intersubjective. Ensuite, l’autonomie et la souveraineté du sujet seront mises à l’épreuve par l’éthique de la relation.
Alors que la réaction est serve de la décision de l’autre. Celui qui l’illustre réagit à l’action de l’autre. La réaction appartient à l’esclave dont l’acte dépend de l’action du maître. Elle est gouvernée par le non. Détectable sur le mode négatif, son régime demeure la rébellion et la désobéissance. C’est elle qui nourrit (...) Lire la suite sur Liberation.fr
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