PARIS (AFP) - En militant politique chevronné qu'il est, Olivier Besancenot déjoue le piège du vedettariat dans l'émission de Michel Drucker "Vivement dimanche" diffusée le 11 mai, avec un revers à la médaille: une difficulté à sortir de la novlangue révolutionnaire.
Le passage du porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) à l'émission de divertissement de Michel Drucker fait figure d'événement. Il "tient des propos qu'on entend rarement à la télévision", relève Claude Sérillon, l'un de ses interlocuteurs dans cette émission enregistrée mercredi.
Avec la bienveillance de la presse de droite. A celui qui refuse toute alliance avec le PS, le quotidien Le Figaro a accordé une pleine page vendredi.
La fraction minoritaire de la LCR a paradoxalement contribué à mettre en relief cet inédit audiovisuel: la participation de Besancenot aboutit à personnaliser et "dépolitiser le débat public", avait accusé son chef de file Christian Picquet.
De fait, la popularité du postier de Neuilly-sur-Seine est sans commune mesure avec son matelas électoral: un peu plus de 4% des voix à l'élection présidentielle de 2007 et celle de 2002, mais une cote personnelle (61% de bonnes opinions) qui tutoie celle de Bertrand Delanoë (64%), voire de Ségolène Royal (71%) chez les sympathisants de gauche.
Le jeune leader - 30 ans le mois dernier - se défend de céder à la "starisation". "La représentation médiatique, j'y ai toujours pas pris goût", répond-il, assis sur les canapés rouges de "Vivement dimanche". De sa femme et de son fils de 4 ans et demi, on ne saura donc rien. Tout juste des images en accéléré du postier jouant au football avec ses "potes" et du club de boxe qu'il fréquente assidûment - avec un Besancenot sans les gants en la circonstance.
Entre des chansons de Jean Ferrat, Bernard Lavilliers et du groupe Zebda, dont les engagements à gauche sont connus, et une autre de Charles Aznavour, le responsable trotskiste est là pour "s'adresser à des millions de personnes" et exposer ses "engagements", "donner la parole à ceux qui ne l'ont pas d'habitude".
Les témoins ont été soigneusement choisis: deux femmes syndicalistes, l'une de l'ex-fabricant de stylos Reynolds à Valence, aujourd'hui disparu, l'autre d'une entreprise métallurgique de la région lilloise, font un récit brut de décoffrage du vécu ouvrier.
Le public paraît acquis à la la cause du p'tit gars de Levallois-Perret, venu au militantisme politique à 14 ans à peine par l'entremise d'un professeur d'allemand trotskiste. La députée PRG Christiane Taubira vient témoigner de la sympathie à son égard d'une partie de la gauche. "S'il te plaît, continue à parler!", l'adjure-t-elle.
Besancenot "revendique pour (sa) génération un gros doute". Mais ce sont surtout ses révoltes et certitudes qu'on entend, mâtinées parfois d'ambiguïtés comme sur la question de la prise du pouvoir par la force. L'important, c'est que "les masses, les exploités, les opprimés fassent irruption sur la scène publique", élude-t-il.

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