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Soudan: Khartoum sous couvre-feu, les rebelles du Darfour avancent

Par Mohammed Ali SAEED AFP - Samedi 10 mai, 19h46

KHARTOUM (AFP) - Des rebelles du Darfour ont affirmé samedi qu'ils marchaient sur Khartoum après de violents combats avec les forces gouvernementales soudanaises au nord de la capitale, où un couvre-feu a été imposé.

"Les forces armées font actuellement face à une attaque des rebelles de Khalil Ibrahim (chef du Mouvement pour la justice et l'égalité, JEM) dans le nord de Omdurman", la ville jumelle de Khartoum, a affirmé l'armée dans un communiqué lu à la télévision publique.

Le JEM, deuxième plus important groupe rebelle du Darfour, province en guerre civile de l'ouest du pays, a affirmé s'être emparé de la base aérienne de Wadi Sayyedna, au nord de Khartoum. Il n'était pas possible de confirmer cette information dans l'immédiat.

"Selon mes informations, les forces du JEM se trouvent dans la capitale en ce moment-même. Elles ont pris la base aérienne de Wadi Sayyedna et sont descendues dans la capitale", a affirmé à l'AFP par téléphone depuis Londres le porte-parole du JEM, Ahmed Hussein Adam.

"Nos forces sont partout dans la capitale", a-t-il ajouté.

M. Adam a déclaré que la base aérienne avait été visée parce qu'il s'agit de "la base d'où partent tous les avions militaires soudanais pour le Darfour".

Un habitant de Omdurman, Sadiq Babo Nimr, a affirmé par téléphone que les résidents de la ville se terraient chez eux.

"C'est juste devant mon appartement, j'entends le bombardement d'une artillerie très lourde", a-t-il dit.

"Nous sommes couchés, il y a des balles perdues qui sifflent autour de l'immeuble. Ma femme et mes enfants ont très peur", a-t-il poursuivi.

M. Nimr affirme avoir entendu des tirs lointains vers 16H30 (13H30 GMT), qui se sont ensuite rapprochés. D'après lui, l'électricité et le réseau de téléphonie mobile sont coupés.

L'armée s'est en outre déployée dans les rues quasi-désertes de Khartoum, où les commerces étaient fermés, a indiqué un témoin à l'AFP par téléphone depuis la capitale soudanaise.

Un couvre-feu a été imposé à Khartoum à partir de samedi 17H00 (14H00 GMT) jusqu'à dimanche à 06H00 (03H00 GMT), a pour sa part annoncé le ministère de l'Intérieur dans un communiqué, appelant les habitants de la capitale à la prudence et à rester chez eux.

Il n'était pas possible dans l'immédiat de savoir si les combats avaient fait des victimes.

Alors que de violents combats se tenaient dans des zones civiles, M. Adam a affirmé que le JEM respectait le droit humanitaire international et les droits de l'Homme.

"Le JEM n'attaquera jamais des civils ou ne visera des civils", a-t-il ajouté, précisant qu'il ne disposait pas de chiffres sur d'éventuelles victimes.

Les médias étatiques ont en outre rapporté que l'armée soudanaise avait repoussé une attaque des forces tchadiennes dans la zone frontalière de Kishkish. Un porte-parole de l'armée soudanaise a estimé que le raid tchadien était une tentative de faire diversion à l'avancée du JEM vers la capitale.

"Nos forces armées ont tenu tête aux forces tchadiennes, leur infligeant des victimes, et les ont ramenées en territoire tchadien", a affirmé le général de brigade Mohammed Osmane al-Aghbache à la radio Omdurman, accusant le Tchad de "soutien direct" à "l'opération subversive" du JEM à Khartoum.

D'après un diplomate occidental qui a requis l'anonymat, le gouvernement soudanais a appelé vendredi les ambassades à Khartoum pour dire qu'"il y a des rebelles qui se dirigent vers l'est depuis la frontière tchadienne".

La sécurité a été renforcée dans les rues de la capitale depuis vendredi, a affirmé le diplomate.

"Je pense qu'ils vont être écrasés mais le simple fait qu'ils soient arrivés à Omdurman est énorme", a-t-il dit.

Le Darfour est ravagé depuis cinq ans par un conflit qui a fait près de 200.000 morts, selon des organisations internationales, et plus de deux millions de déplacés. L'ONU a même avancé le chiffre de 300.000 morts.

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