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Liban: les combattants du Hezbollah toujours visibles samedi à Beyrouth

AFP - Samedi 10 mai, 09h33

BEYROUTH (AFP) - Le Hezbollah, chef de file de l'opposition au Liban, a pris vendredi le contrôle de l'ouest de Beyrouth après 48 heures de combats meurtriers, l'opposition exigeant l'ouverture d'un dialogue national contre la levée des barrages érigés dans le pays.

Les combattants armés du puissant mouvement chiite libanais Hezbollah étaient toujours visibles samedi dans les rues de l'ouest de Beyrouth, alors que les combats entre partisans de l'opposition et ceux de la majorité ont fait 18 morts ces dernières 48 heures.

Mais après plusieurs jours de fermeture en raison des combats, certains commerces, notamment les boulangeries et les marchands de légumes, ont rouvert leurs portes, et des habitants s'aventuraient dans la rue. "C'est la première fois que je quitte ma maison depuis la nuit de jeudi", dit Samia, en se dirigeant vers une banque dans le district de Hamra. "Mais je crois que c'est un calme temporaire".

Des combattants du Hezbollah, qui dirige l'opposition appuyée par l'Iran et la Syrie, et d'un autre mouvement chiite Amal étaient toujours visibles dans les rues, d'où ils avaient chassé la veille les partisans du sunnite Saad Hariri, un pilier de la majorité parlementaire antisyrienne appuyée par l'Occident, l'Arabie saoudite et l'Egypte.

Selon un responsable de la sécurité libanaise, dix-huit personnes ont péri au total dans les affrontements au Liban depuis jeudi. A Beyrouth même, 11 personnes ont péri dans les combats, les pires depuis la fin de la guerre civile (1975-1990), qui ont cessé vendredi. Selon ce responsable, "deux personnes ont été tuées dans des heurts entre des druzes de l'opposition et des partisans du gouvernement à Aley (est)" dans la nuit de vendredi à samedi. Vendredi, cinq personnes ont péri dans différentes régions, dont un couple à Saïda (sud) et une femme dans la Békaa (est), d'après des responsables de sécurité.

Dans le même temps, la majorité au pouvoir a accusé le Hezbollah d'avoir retourné ses armes contre les Libanais pour réaliser un coup d'Etat, alors que la tension demeurait forte dans le pays, en dépit d'une accalmie dans la capitale.

"Nous ne menons pas un coup d'Etat", a déclaré sous le sceau de l'anonymat un responsable de l'opposition. "Tout cela est lié aux décisions du gouvernement" d'enquêter sur le réseau de communications du Hezbollah et de limoger le chef de la sécurité de l'aéroport de Beyrouth, présenté comme un proche du mouvement chiite. "Nous sommes en train de proposer un partenariat (...) et eux veulent monopoliser le pouvoir et limiter notre participation" à la prise de décision.

Dans un communiqué, la majorité a affirmé que le Hezbollah --seule formation à ne pas avoir désarmé à la fin de la guerre civile au Liban (1975-1990)-- avait perdu sa légitimité comme mouvement de résistance alors que ses armes devaient être utilisées uniquement contre Israël.

"Cette tentative de coup d'Etat a définitivement mis fin à la légitimité du Hezbollah en tant que mouvement de résistance (...) l'utilisation de (ses) armes (contre le peuple libanais) a rendu ces armes illégitimes", poursuit le texte lu par l'un des leaders de la majorité, Samir Geagea.

A Beyrouth, un responsable de la sécurité a indiqué qu'"il n'y avait plus d'affrontements car personne ne fait face aux combattants de l'opposition", soutenue par la Syrie et l'Iran. Des membres du Hezbollah ont tiré en l'air en signe de joie dans certains quartiers de Beyrouth, d'où ont été évincés les partisans de la majorité antisyrienne, soutenue par les Etats-Unis, l'Union européenne et plusieurs pays arabes.

La route de l'aéroport international de Beyrouth, bloquée depuis mercredi par l'opposition, était toujours inaccessible vendredi soir. Un responsable de l'aéroport a affirmé que tous les vols avaient été annulés vendredi. Des centaines de personnes se pressaient à deux postes-frontières avec la Syrie pour sortir du pays. Aucune capitale ne prévoyait vendredi d'organiser une évacuation de ses ressortissants au Liban mais, à l'instar de Rome, certaines se sont dites prêtes à le faire.

Les violences ont éclaté mercredi quand une grève sur des revendications sociales avait été transformée par le Hezbollah en un mouvement de désobéissance civile, qui a dégénéré en heurts. Ces heurts se sont intensifiés après un discours du chef du Hezbollah Hassan Nasrallah qui a qualifié jeudi de "déclaration de guerre" des décisions du gouvernement à son encontre et sommé le gouvernement de Fouad Siniora de revenir sur ces décisions et d'accepter un dialogue national.

Le président syrien Bachar al-Assad a jugé la crise comme "une affaire intérieure libanaise" tandis que Ryad et Le Caire, alliés du gouvernement libanais, ont demandé une réunion urgente de la Ligue arabe.

La Maison-Blanche pour sa part s'est dite "très inquiète" des agissements du Hezbollah et a exhorté l'Iran et la Syrie à cesser de soutenir l'organisation radicale chiite et d'essayer de "déstabiliser" le pays. Washington a dit consulter les voisins du Liban et le Conseil de sécurité de l'ONU sur des mesures pour faire rendre des comptes aux responsables des violences. La secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, a réaffirmé l'engagement des Etats-Unis à soutenir le Premier ministre libanais, Fouad Siniora, et lui "apporter tout le soutien dont il a besoin".

L'Union européenne a assuré M. Siniora de son "plein soutien" et appelé à résoudre la crise "par le dialogue et dans le cadre des institutions", selon un communiqué du diplomate en chef de l'UE Javier Solana.

Le Liban est paralysé par une crise politique depuis fin 2006, l'opposition et la majorité n'arrivant pas s'entendre sur un partage du pouvoir.

Cette crise a empêché l'élection d'un président, poste vacant depuis novembre 2007. La majorité accuse la Syrie et l'Iran de bloquer une solution via leurs alliés, tandis que l'opposition reproche à la coalition au pouvoir d'être inféodée à Washington.

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