Recherche

Liban: la guerre s'installe dans les rues de Beyrouth, au moins 7 morts

Par Rana MOUSSAOUI AFP - Vendredi 9 mai, 08h09

BEYROUTH (AFP) - Les combats se poursuivaient vendredi matin pour le troisième jour consécutif à Beyrouth entre sympathisants de la majorité antisyrienne et ceux de l'opposition soutenue par Damas et Téhéran, faisant craindre une nouvelle guerre civile au Liban.

"Beyrouth-Ouest plonge dans la guerre des rues", titre le quotidien francophone "L'Orient Le Jour".

Les violents affrontements armés ont fait au moins sept morts jeudi dans les rues de Beyrouth après un discours du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, sur une "déclaration de guerre" du gouvernement libanais.

Selon des sources de sécurité et hospitalières, au moins sept personnes ont été tuées et plusieurs dizaines ont été blessées dans les affrontements qui ont éclaté en fin d'après-midi.

"Nous sommes débordés par le nombre de blessés", a indiqué à l'AFP une responsable de l'hôpital Makassed, qui a reçu 30 blessés.

Une source du Courant du Futur (majorité) a déclaré à l'AFP que ds éléments armés du Hezbollah avaient pénétré dans des quartiers sunnites à Beyrouth et fait irruption dans les locaux appartenant au courant.

"Nous avons donné des instructions à nos partisans de ne pas s'engager dans une guerre civile. Nous n'avons pas de milice", a assuré la source.

Les affrontements à l'arme automatique et à la roquette, selon les services de sécurité, ont éclaté dans plusieurs quartiers mixtes sunnites-chiites de l'ouest de Beyrouth.

Dans la soirée, de violentes explosions étaient entendues à travers la capitale, dont les rues étaient désertées par les habitants. Pendant la journée, la population se ruait dans les magasins pour stocker des vivres et du pain.

Lors d'une vidéo-conférence, Hassan Nasrallah a fustigé la "déclaration de guerre" que représentent selon lui des décisions récentes du gouvernement.

Celui-ci a décidé mardi d'enquêter sur un réseau de télécommunications installé par le Hezbollah à travers le pays, et de limoger le chef de la sécurité de l'aéroport de Beyrouth, présenté comme un proche du mouvement chiite. Le Hezbollah affirme que ce réseau fait partie de sa "résistance contre Israël".

"Notre réponse à cette déclaration de guerre est notre droit à nous défendre, de défendre notre résistance, nos armes et notre existence", a insisté le chef du mouvement chiite qui a réclamé que le gouvernement revienne sur ses décisions et accepte un dialogue national.

Le dirigeant de la majorité parlementaire, le sunnite Saad Hariri, a appelé M. Nasrallah à mettre fin au "siège" de la capitale et à "retirer les hommes armés des rues".

Des contacts entre M. Hariri, un autre leader de la majorité, le druze Walid Joumblatt, et le président du Parlement Nabih Berri (opposition), n'ont permis "aucun progrès", selon le bureau de ce dernier.

Une journée de grève générale pour une revalorisation des salaires a dégénéré mercredi et le mouvement s'est étendu jeudi à la Bekaa (est) et Tripoli (nord).

Des manifestants de l'opposition ont également bloqué la route menant à l'aéroport de Beyrouth, où le trafic aérien était quasiment paralysé, selon un responsable de l'aéroport.

Des sympathisants du gouvernement ont répliqué en bloquant les axes menant à la Syrie et aux fiefs du Hezbollah à l'est et au sud.

A Beyrouth, l'armée, déployée pour s'interposer entre les deux camps, a prévenu qu'une escalade risquait de "porter atteinte à (son) unité".

Le gouvernement de Fouad Siniora a reçu le soutien du Caire, de Ryad et du Conseil de sécurité de l'ONU alors que pour Paris, la situation est "préoccupante". Le Hezbollah doit cesser immédiatement de "semer le trouble" au Liban, a averti Washington.

Selon un responsable de l'ONU, Terje Roed-Larsen, le Hezbollah dispose d'une "infrastructure paramilitaire massive en marge de l'Etat".

L'Union européenne a appelé "les parties libanaises à mettre fin" aux affrontements et l'opposition à "cesser toutes les activités perturbatrices".

La Ligue arabe a exhorté les dirigeants libanais à "éviter les affrontements", tandis que les Emirats arabes unis ont annoncé avoir débuté l'évacuation de leurs ressortissants.

Le Liban traverse sa plus grave crise politique depuis la fin de la guerre civile en 1990, et se trouve sans chef d'Etat depuis le 24 novembre, les deux parties ne parvenant pas à se mettre d'accord sur un partage du pouvoir.

Recommander cette dépêche


Forums de discussion

Audio/Vidéo: Monde

Copyright © 2008 Yahoo! Tous droits réservés.