NEW YORK (AFP) - Les cours du pétrole brut ont continué jeudi leur inexorable marche vers de nouveaux records, le baril dépassant pour la première fois les 124 dollars à New York et les 123 dollars à Londres.
Au terme d'une journée très calme sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de "light sweet crude" pour livraison en juin a finalement repris sa ruée vers des prix de plus en plus chers quelques minutes avant la fin de la séance. Il a signé un record absolu à 124,61 dollars le baril, lors des échanges électroniques d'après-séance.
Sur l'Intercontinental Exchange (ICE) de Londres, la frénésie a également perduré, le baril de Brent de la mer du Nord, à échéance en juin, abattant le seuil symbolique de 123 dollars et se rapprochant à grands pas de celui de 124 dollars, puisqu'il a atteint un prix record de 123,93 dollars.
Les séances se sont également terminées sur des records de clôture: 123,69 dollars le baril à New York (+16 cents) et 122,84 dollars le baril à Londres (+52 cents).
En une semaine, cette course effrénée s'est marquée par un bond de 12 dollars à New York et de 13 dollars à Londres, laissant les analystes du secteur perplexes devant cette flambée que rien ne semble pouvoir arrêter.
"La logique (du marché) a tenté d'être analysée jusqu'au forfait", a admis John Kilduff, analyste de MF Global.
Reconstitution des stocks pétroliers américains, absence de nouvelles perturbations importantes dans de grands pays producteurs, rebond du dollar... tout, en cette fin de semaine, apparaissait plutôt de nature à faire refluer le marché de l'or noir, où le prix du baril a doublé en une seule année à New York et a été multiplié par 90% à Londres.
"C'est peut-être le sentiment que les risques subsistent, et aussi, (...) le sentiment que tout est possible en ce moment sur ce marché", a commenté, dubitatif, Michael Davis, de la maison de courtage Sucden.
Ce dernier bond en avant des prix du pétrole paraît d'autant plus étonnant qu'il est déconnecté des mouvements du dollar. En effet, le billet vert, qui stagnait jeudi, avait repris nettement du terrain sur l'euro depuis quelques jours. Il évoluait à 1,5393 dollar pour un euro vers 20H15 GMT, à près de 4% du plancher historique de 1,6019 dollar pour un euro, atteint le 22 avril.
Or, en théorie, ce regain de vigueur de la devise américaine, dans laquelle est monnayée le pétrole brut, aurait dû peser sur les prix du pétrole, en éloignant les investisseurs qui avaient profité de la chute du dollar pour protéger leurs portefeuilles de l'impact de l'inflation dans les marchés de matières premières.
Mais malgré l'absence de nouveaux éléments conséquents, la nervosité des investisseurs restait vive.
"Si les inquiétudes sur les approvisionnements de pétrole se sont un peu calmées, il reste encore de vives craintes de voir la production mondiale être perturbée" dans des zones importantes comme le Nigeria ou l'Iran, a ainsi pointé Bart Melek, de BMO Capital Markets.
Par ailleurs, devant une ascension si rapide des cours du pétrole, l'afflux de fonds spéculatifs, délaissant des marchés boursiers encore fragiles, étaient montrés du doigt, un credo répété à l'envi par l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep).
"Il n'y a clairement pas de pénurie de pétrole sur le marché" et la "volatilité récente des prix est due aux événements sur les marchés financiers et à l'afflux d'argent spéculatif" vers le marché pétrolier, a réitéré Abdallah el-Badri, secrétaire général du cartel.
"L'organisation est prête à agir si le marché éprouve le besoin de mesures supplémentaires", a-t-il néanmoins ajouté.
L'Opep assure environ 40% des besoins mondiaux en pétrole.

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