PARIS (AFP) - Au troisième jour des tractations sur la réforme des institutions, les discussions semblaient mercredi au point mort et les élus socialistes ont renvoyé la majorité à ses propres divisions.
"Nous avons fait le premier pas, nous attendons le vôtre", a lancé à la majorité le chef de file des députés PS, Jean-Marc Ayrault, devant la commission des Lois de l'Assemblée nationale.
Le PS a annoncé qu'il déposerait 49 amendements lors de l'examen du projet de loi constitutionnelle, à partir du 20 mai. Et M. Ayrault a clairement laissé ouverte la voie d'un compromis: "Cela ne veut pas dire que tout est à prendre ou à laisser, mais on attend des réponses" lors de la discussion parlementaire.
Face à une majorité divisée sur de multiples aspects de la réforme, le PS veut être en position de force après avoir retrouvé une certaine unité en se mettant d'accord sur les conditions d'un compromis.
François Hollande les a rappelées mercredi. "Pas question d'augmenter les pouvoirs du président, ni en le laissant s'exprimer à sa guise devant le Parlement, ni en matière de défense", a-t-il affirmé alors que, depuis quelques jours, Laurent Fabius, qui avait accepté que le chef de l'Etat puisse venir, une fois par an, devant le congrès, est resté silencieux.
Les socialistes ont donc lancé un "appel" à la majorité et au gouvernement pour conclure un "pacte républicain" sur la réforme. Mais, a prévenu M. Hollande, "si c'est une réforme de circonstance, une réforme de procédure législative, nous n'en serons pas".
Aujourd'hui, "la balle est dans le camp du gouvernement et de la majorité", ont répété les responsables socialistes.
Mais "on ne dialogue pas dans le vide", a ironisé M. Hollande en se demandant, alors que Rachida Dati (Justice), qui défendra le texte, intervient peu dans le débat, qui décide: "est-ce le président du groupe UMP ? le Premier ministre ? le président de l'Assemblée ? le président de la République, s'il a encore ce souci?".
Selon lui, le "gouvernement s'est mis dans une nasse" car "si ce texte doit être voté par l'opposition, il est possible que la majorité ne le vote plus".
De fait, si le climat s'est apaisé à gauche, la situation s'est compliquée à droite, où, après avoir endossé le rôle de démineur, le patron des députés UMP, Jean-François Copé, semble avoir été contraint de passer la main.
Très ferme dans un premier temps par rapport à un projet "pas adoptable en l'état" et déterminé à ce que le groupe fasse des "contributions majeures", M. Copé semble plus en retrait.
En revanche, deux proches de Nicolas Sarkozy, Roger Karoutchi (relations avec le parlement) et surtout Bernard Accoyer, président de l'Assemblée, sont désormais à la manoeuvre.
La réforme ne remet "aucunement en cause les principes de la Ve République", a plaidé le premier pour rassurer les gaullistes.
M. Accoyer a lui multiplié les propositions dans l'espoir d'un compromis: venue du président limitée à une fois par an, devant le Congrès, contrôle par le Parlement de l'évaluation des politiques publiques et de nominations, intégration du temps de parole politique du chef de l'Etat à celui du gouvernement.
Mercredi, en recevant les députés UMP à l'Elysée, Nicolas Sarkozy, a tenté lui-même de déminer l'opposition de sa majorité. Selon plusieurs participants, il serait disposé à revoir la suppression du référendum automatique pour les nouvelles adhésions à l'UE.
Mais, a estimé l'un deux, "il est clair que ce qui l'intéresse, c'est pouvoir venir devant le Parlement".

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