PARIS (AFP) - La ministre de la Santé Roselyne Bachelot a révoqué le chef de service de radiothérapie de l'hôpital Jean-Monnet d'Epinal, où 5.500 personnes traitées par radiothérapie entre 1987 et 2006 auraient été victimes de surirradiation, une décision dont ce dernier veut faire appel.
De son côté, l'ex-directrice de l'hôpital, Dominique Capelli, a été entendue dans l'après-midi par le conseil de discipline des praticiens hospitaliers, chargé de proposer éventuellement des sanctions à la ministre.
La catastrophe d'Epinal, au bilan imprécis, est le fruit de défaillances à répétition, souvent indépendantes les unes des autres. C'est l'accident de radiothérapie le plus grave ayant touché un hôpital français.
La décision de révoquer le Dr Michel Aubertel a "été prise après avis du conseil de discipline des praticiens hospitaliers", a indiqué le ministère.
"L'usage de la révocation, qui constitue la sanction disciplinaire la plus lourde à la disposition de la ministre, est à la hauteur des manquements graves aux obligations d'information et de suivi constatés pour l'un des radiothérapeutes", selon le ministère.
Selon son avocate, le Dr Aubertel compte faire appel de cette révocation, estimant qu'il s'agit d'une "sanction très lourde", dans la mesure où "jamais il ne lui est reproché d'être la cause de la surirradiation".
La ministre a par ailleurs adressé un blâme à un autre praticien, le Dr Jean-François Sztermer, afin de sanctionner "le suivi inadapté des patients".
"Le blâme est la plus petite des sanctions, surtout eu égard à la déferlante médiatique. Si la motivation de la décision n'est pas dramatique, nous l'accepterons", a réagi son avocat.
Le président de l'association vosgienne des surirradiés de l'hôpital d'Epinal (AVSHE) Philippe Stabler s'est déclaré satisfait de ces décisions.
"Mon sentiment en tant que victime est que ça fait plaisir, même si cela ne m'honore pas de le dire. Cela ne nous ramènera pas notre santé et cela ne changera pas notre destin, mais c'est un peu réconfortant", a déclaré M. Stabler.
"Il y a eu des fautes commises. Les responsables doivent assumer leurs responsabilités", a estimé le président de l'AVSHE.
"Cela renforce encore notre statut de victime", a avancé M. Stabler, précisant qu'avant que le scandale n'éclate, certains des adhérents de l'association s'étaient entendus dire: "Mettez un peu de pommade, ça va passer!" ou "Vous êtes douillet".
Le ministère de la Santé a précisé que Mme Bachelot "engagera un travail relatif aux droits et devoirs des médecins, afin d'assurer aux personnels médicaux une meilleure information concernant leurs droits et obligations vis-à-vis des patients et des autorités de tutelle".
La ministre "suit avec la plus grande attention cette affaire" et "réitère son soutien le plus total envers les victimes et leurs familles", souligne le ministère.
Le 21 avril, la ministre de la Santé s'était rendue au centre hospitalier d'Epinal et avait fait état de 5.500 personnes victimes de surirradiation entre 1987 et 2006, dans un premier bilan officiel mais non définitif.
Quelque 7.500 personnes ont au total été traitées au service de radiothérapie d'Epinal durant cette période, mais environ 2.000 d'entre elles n'avaient pu être jointes du fait de leur décès ou d'un changement d'adresse.

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