Recherche

Zone euro: Bruxelles ouvre la boîte de Pandore en lançant le débat

Par Sophie LAUBIE AFP - Mercredi 7 mai, 09h56

BRUXELLES (AFP) - La Commission européenne lance mercredi un vaste débat sur les moyens d'améliorer le fonctionnement de la zone euro, dix ans après sa création, dont pourraient profiter des Etats comme la France ou l'Italie qui veulent renforcer le poids des gouvernements face à la BCE.

Dans une communication qui sera adoptée dans la journée, la Commission va dresser un bilan de l'euro et formuler quelques propositions sur l'Union économique et monétaire.

C'est par un accord signé en mai 1998 que les pays européens s'étaient mis d'accord pour que l'euro soit lancé le 1er janvier 1999 dans onze pays de l'UE. La monnaie unique a été entre-temps étendue à 15 pays.

La Commission devrait appeler à renforcer la coordination des politiques économiques des pays membres, mais se garder de toute référence à l'instauration d'un "gouvernement économique" souhaité notamment par la France.

Bruxelles souhaite surtout un "élargissement de la surveillance" des performances budgétaires des Etats, passant "en particulier par une meilleure surveillance des réformes" structurelles, dont l'impact sur les comptes publics doit être mieux pris en compte, explique une source européenne.

Soucieuse de ne pas braquer les Etats membres, la Commission ne devrait pas pour autant proposer de nouveaux instruments.

Si ces propositions restent limitées, elles ne sont que le point de départ d'un débat que les pays de l'UE peuvent ensuite élargir.

Après son élection il y a un an, le président français Nicolas Sarkozy a clairement affiché sa volonté de doter la zone euro d'un véritable gouvernement économique, susceptible de parler sur un pied d'égalité avec une Banque centrale européenne jugée toute puissante et parfois autiste.

Les propositions de Bruxelles devraient faire l'objet d'une première discussion en juin lors d'une réunion des ministres des Finances. Mais le vrai débat se déroulera lors de la présidence semestrielle française de l'UE, à partir de juillet.

"J'espère que l'on pourra pleinement exploiter sous présidence française les potentialités de ces propositions", a souligné mardi le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes Jean-Pierre Jouyet.

"Il y a de la part de la France une position ancienne, qui est de dire qu'il faut un gouvernement économique fort dans la zone euro. Cette contribution de la Commission est très positive pour que ce débat ait lieu", renchérit une source diplomatique.

Paris a dû en rabattre par rapport à ses ambitions initiales. Il avait un temps évoqué l'organisation d'un sommet des chefs d'Etat de la zone euro cet été. Mais l'Allemagne y a vu une tentative pour s'en prendre à l'indépendance de la BCE.

D'autres sujets sensibles demeurent. "Il va bien falloir qu'on mette sur la table la question de la politique des changes", indique une source diplomatique française.

La zone euro vit depuis les origines sur une ambiguïté: les gouvernements sont selon le traité européen chargés de fixer les orientations générales de la politique de change mais c'est à la BCE, en toute indépendance, qu'il appartient de la mener concrètement.

Une frustration qui a conduit les responsables français à critiquer à maintes reprises, et sans grand résultat, l'absence de réaction de l'institut de Francfort face à l'appréciation inquiétante de l'euro face au dollar.

Avec l'arrivée au pouvoir en Italie de Silvio Berlusconi, la France pourrait bientôt compter sur un allié.

M. Berlusconi n'a pas perdu de temps pour s'en prendre à la BCE et réclamer que les responsables politiques aient davantage leur mot à dire sur la politique de taux d'intérêt.

Recommander cette dépêche


Forums de discussion

Copyright © 2008 Yahoo! Tous droits réservés.