TOKYO (AFP) - Le président chinois Hu Jintao est arrivé mardi à Tokyo pour la première visite depuis 10 ans d'un chef d'Etat chinois au Japon, dont le passé militariste a laissé des blessures encore vivaces en Chine. L'avion d'Air China s'est posé sur l'aéroport d'Haneda, proche de la capitale, sous haute sécurité, une autoroute ayant été temporairement fermée au trafic pour laisser passer le cortège officiel.
Plus de 200 diplomates et hommes d'affaires chinois ont accueilli le président Hu, en agitant des drapeaux chinois et japonais. M. Hu, qui est le deuxième président chinois à se rendre dans l'archipel depuis l'établissement des relations diplomatiques en 1972, aura l'insigne honneur de rencontrer l'empereur Akihito à trois reprises, signe de l'importance que le Japon accorde à cette visite.
Le président chinois aura mercredi des entretiens politiques avec le Premier ministre japonais Yasuo Fukuda, mais les questions liées à l'histoire douloureuse de l'occupation japonaise en Chine ne devraient être qu'effleurées, afin d'assurer le succès de cette visite.
Sous le feu des critiques en Occident à propos du Tibet, le président chinois Hu Jintao arrive au Japon en terrain ami, pour sa première visite à l'étranger depuis les émeutes de Lhassa, estiment les analystes. Sa visite officielle de cinq jours, la première d'un chef d'Etat chinois depuis 10 ans et la deuxième seulement dans l'histoire, est le fruit d'années d'efforts pour atténuer les tensions malgré l'animosité latente héritée du passé douloureux entre les deux géants asiatiques.
Depuis l'éclatement des émeutes antichinoises au Tibet en mars et la répression sanglante qui a suivi, le régime chinois est devenu honni dans les pays occidentaux, poussant plusieurs dirigeants européens à annoncer leur boycott de la cérémonie d'ouverture des jeux Olympiques de Pékin en août.
Mais au Japon, le gouvernement a adopté un profil bas sur la question sensible du Tibet et le Premier ministre Yasuo Fukuda a déclaré publiquement qu'il espérait assister à la cérémonie d'ouverture des JO, avant même que le président Hu lui transmette formellement l'invitation. Pour l'analyste Robert Dujarric, le risque de manifestations pendant la visite de Hu est minime, car contrairement aux grands pays occidentaux, le Japon n'a pas de groupes de pression sur les droits de l'Homme.
La Chine a refusé tout contact de haut niveau avec le Japon entre 2001 et 2006, pendant les deux mandats du Premier ministre Junichiro Koizumi, parce qu'il visitait chaque année le sanctuaire Yasukuni honorant la mémoire des soldats morts pour le Japon, parmi lesquels figurent plusieurs criminels de guerre. Mais après le départ de M. Koizumi, Tokyo et Pékin ont rapidement cherché à raccommoder les liens, dans l'intérêt à la fois du régime chinois soucieux d'avoir un environnement pacifique, et des hommes d'affaires japonais de plus en plus dépendants du gigantesque marché chinois.

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