PARIS (AFP) - "Démocratie asphyxiée", "présidentialisation" du régime, "président-soleil": le rapport annuel de la Ligue des droits de l'Homme (LDH) dresse un réquisitoire sévère de la première année de présidence de Nicolas Sarkozy.
En avril 2007, en pleine campagne présidentielle, la LDH avait pris déjà pour cible Nicolas Sarkozy dans son rapport annuel. Mais à l'époque, il s'agissait de son bilan au ministère de l'Intérieur.
Cette année, dans son sixième "Etat des droits de l'Homme en France", publié mercredi en librairie aux éditions La Découverte, et intitulé "une démocratie asphyxiée", la Ligue brocarde pour l'an 1 de la présidence Sarkozy une "présidentialisation" du régime ayant entraîné "une asphyxie de la démocratie".
"C'est un bilan accablant : cette présidence est marquée par une rupture revendiquée : nouvelles orientations politiques, bouleversement dans la manière d'exercer le pouvoir, mais surtout rupture avec les droits de l'Homme, malgré l'utilisation purement marketing qui en est faite par le nouveau pouvoir", écrit l'association présidée par Jean-Pierre Dubois.
"M. Sarkozy avait demandé qu'on le juge sur son bilan, sur ses actes", a fait valoir M. Dubois, interrogé mardi. Pour lui, "il n'y a quasiment pas de sujet sur lesquels nous puissions dire que nous sommes plus heureux qu'il y a un an".
Néanmoins, concède-t-il, "il y a quelques éléments positifs, comme le nombre de femmes nommées à des postes importants au gouvernement". Mais, ajoute-t-il aussitôt, "ils sont immédiatement gâchés par une instrumentalisation politicienne".
Dans son rapport de 119 pages, la Ligue n'a pas de mots assez durs pour fustiger un an de présidence Sarkozy. "Aucune institution ne résiste au présidentialisme de Nicolas Sarkozy, écrit-elle, ni le gouvernement, ni le Parlement, ni le pouvoir judiciaire (...) La démocratie est asphyxiée par un +président-soleil+, qui gère l'Etat comme une entreprise personnelle, dans une ambiance jet-set".
La LDH note que "la dimension +attrape-tout+ du populisme présidentiel rend particulièrement délicat le jeu des comparaisons historiques, lorsque l'on cherche des précédents à cette droite autoritaire et +décomplexée+".
Sous le titre "le fantasme de la surveillance absolue", la Ligue assure qu'une "société du contrôle et de la surveillance tend à s'imposer, notamment à travers la multiplication et le croisement des fichiers sur les personnes".
Elle "s'alarme" d'un "pouvoir prétendant définir l'identité nationale, sélectionner les immigrés (quitte à les soumettre à des tests ADN) et traquer les sans-papiers jusqu'à déclencher les pires drames humains".
Elle dénonce aussi "la réforme des contrats de travail et l'émiettement des 35 heures, qui dessinent le clivage entre une +France du mérite+ et une autre +de la glandouille+".
La LDH déplore en outre "une diplomatie désinhibée (Libye, Chine, Russie), qui accorde la prééminence à la valeur +contrat+ au détriment des droits de l'Homme, alors que la toute nouvelle secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme (Rama Yade, ndlr) est condamnée à jouer les utilités".

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