PARIS (AFP) - Christine Lagarde a jugé "fructueux" ses échanges sur l'assurance chômage, à l'issue d'une réunion à Bercy, qui se poursuivait en fin d'après-midi sans la ministre, obligée de se rendre à l'Assemblée nationale pour une audition.
La ministre de l'Economie a lancé mardi la renégociation de l'assurance chômage, en soumettant son projet d'offre "raisonnable" d'emploi au patronat et aux syndicats, auxquels elle laisse peu de marges pour améliorer l'indemnisation des chômeurs.
"Nous avons eu deux heures d'échanges extrêmement fructueux et riches sur toutes les questions qui touchent à la nouvelle institution ANPE-Assedic" qui a commencé à se mettre en place le 28 mars, a indiqué la ministre, dans une brève déclaration à la presse. La fusion ANPE-Assedic doit être effective en 2009.
"On est en train d'évoquer la question de l'offre raisonnable d'emploi qui est seulement un des aspects de la discussion", a ajouté la ministre, à laquelle les syndicats reprochennt de "polluer" le débat avec son projet de sanctions pour les chômeurs refusant des offres d'emploi raisonnables.
Les discussions de l'après-midi ont donc porté sur "les questions de l'indemnisation des chômeurs et du parcours professionnel de chacune des personnes, le PPP, le parcours professionnel personnel qui sera au coeur du dispositif et qui permettra à chacun d'exposer son projet, dans le cadre de ses qualifications, et les paramètres de sa recherche d'emploi".
"On a beaucoup parlé du parcours professionnel personnel", a conclu la ministre de l'Economie et de l'Emploi.
Tous les trois ans, l'assurance chômage fait l'objet d'une renégociation qui s'est traduite depuis 2003 par des règles d'indemnisation plus restrictives, sur fond de déficits du régime. L'assurance chômage (Unedic) est financé par les cotisations salariales et patronales.
En théorie, le niveau des allocations est du ressort des partenaires sociaux, mais la fusion ANPE-Assedic, qui sera effective l'an prochain, a changé la donne.
Le gouvernement a déjà commencé à écrire lui-même les nouvelles règles, en annonçant sa volonté de puiser dans les récents excédents de l'Unedic pour financer les retraites et de mettre en place une législation coercitive sur l'offre "raisonnable" d'emploi, avec à la clé des sanctions pour les chômeurs qui ne donneraient pas suite, à deux reprises, à des offres d'emploi de l'ANPE.
Le système deviendra progressivement plus sévère par palier (3, 6, 12 mois).
Dès le 4e mois de chômage, il faudra réduire ses prétentions à 95% du salaire antérieur. Au-delà de six mois, il faudra accepter un emploi même s'il nécessite un aller-retour de 60 km/jour ou de 2 heures de transport en commun.
Au bout d'un an, le couperet tombera avec l'obligation de pourvoir tout emploi dans sa qualification, pourvu que le salaire dépasse l'allocation reçue.
"Dumping social", a dénoncé la CGT. "Rigide, inadapté, injuste", a critiqué Annie Thomas, vice-présidente CFDT de l'Unedic, qui accuse le gouvernement de "polluer le débat avec cette question pour faire plaisir à l'électorat de droite".
Tous les syndicats ont demandé à la ministre, à leur arrivée à Bercy vers 14H30, de faire marche arrière et de "laisser négocier" les partenaires sociaux. FO a dénoncé "la tactique du boa constrictor qui consiste, pour le gouvernement, à nous embrasser pour mieux nous étouffer, ça commence à bien faire !".
Pour l'instant, le gouvernement ne dit pas si une offre en CDD ou en intérim serait considérée comme "raisonnable", alors que la loi de modernisation du marché du travail, en cours d'examen au Parlement, précise que le CDI est la "forme normale" du contrat de travail.
Le gouvernement ne dit rien non plus de la manière dont serait matérialisée l'offre d'emploi : simple annonce à l'ANPE ou proposition ferme d'embauche ?
L'ANPE sanctionne déjà les abus manifestes des chômeurs (1.500 par mois sur plus de deux millions de chômeurs indemnisés) qui refusent de se rendre à un rendez-vous ou rejettent l'emploi proposé par un employeur.
Solidaires (Sud), qui comme l'Unsa ne participe pas à la réunion, a dénoncé une "nouvelle offensive anti-sociale du gouvernement".
Seules la CGT, la CFDT, FO, la CFTC, la CFE-CGC ont été conviées selon les règles encore non réformées de la représentativité syndicale, tandis que le Medef, UPA, CGPME représentent le patronat.
Ces derniers entendent garder la main sur les finances de l'Unedic.
"Nous aurions tous envie de mieux indemniser ! Mais avec quel argent ? Qui paie ? Il faut rester raisonnable. Plus on indemnisera, moins il y aura de salariés pour prendre les emplois vacants", a déclaré Jean-François Roubaud (CGPME) au Figaro.

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