PARIS (AFP) - Comédie caustique et enlevée au parfum burlesque, "Moi qui ai servi le roi d'Angleterre" du Tchèque Jiri Menzel, en compétition au Festival de Berlin 2007 et dans les salles mercredi, raconte l'ascension et la chute d'un garçon de café praguois opportuniste, dénué de tout sens moral.
Cinéaste de la Nouvelle vague tchèque, à 70 ans Jiri Menzel adapte à nouveau un roman picaresque du Tchèque Bohumil Hrabal (1914-1997), écrivain dont il avait déjà tiré son film "Trains étroitement surveillés" récompensé par l'Oscar du film étranger en 1968.
L'ambitieux Jan Dites, campé par un Ivan Barney prodigieusement drôle, fait ses débuts dans le bar d'une petite ville à la frontière tchéco-allemande, un poste idéal pour observer les manies des bourgeois de province.
Son passe-temps favori est de jeter discrètement quelques pièces de monnaie au sol : ce nihiliste contemple alors l'avidité de notables qui n'hésitent pas à se mettre à quatre pattes pour accaparer un maigre butin.
Sous un vernis de respectabilité, ces mêmes industriels, militaires et commerçants s'enivrent et fréquentent les prostituées dès la tombée de la nuit.
Constatant que mensonge, rapacité et opportunisme gouvernent le monde, ce petit blond au physique passe-partout en fait des règles de vie.
Une fois embauché dans des hôtels de luxe de Prague, il se régale des miettes de la vie fastueuse de la bonne société tchèque des années 1930.
Imperméable à toute éthique, il tombera amoureux d'une Allemande nazie, Lisa (Julia Jentsch, remarquable de naïveté criminelle), singeant Adolf Hitler pour lui plaire. Quand l'Allemagne nazie envahit le pays, il sent son heure venue...
"Moi qui ai servi le roi d'Angleterre" - déclaration fracassante d'un maître d'hôtel intègre que le héros prend pour modèle avant de le trahir - brosse sur un ton caustique trente ans de l'histoire de la Tchécoslovaquie.
"Je me moque de la bêtise des nazis et des communistes", avait déclaré Jiri Menzel au Festival de Berlin 2007 où son film était dévoilé, niant toute intention pamphlétaire et rendant hommage au "livre fantastique" de Hrabal.
Jiri Menzel a préféré se rapprocher du registre de la fable, faisant de Jan Dites l'archétype de l'opportuniste, un individu insignifiant qui dans les périodes troublées de l'histoire se révèle dangereux car dénué de sens éthique.
Si l'ironie est parfois mordante, le ton est celui de la fantaisie et du burlesque, Menzel ayant choisi de contrebalancer le tragique des évènements relatés par une action très chorégraphiée, mise en scène avec virtuosité.
Ainsi le débarquement des nazis dans les lieux huppés de la capitale ou la fécondation programmée de jeunes femmes blondes dans l'un des foyers "Lebensborn" créés par les SS pour y développer une race aryenne supérieure, donnent-ils lieu à de véritables ballets, réglés avec précision.
Basé sur le mime et le comique burlesque, le travail du comédien Ivan Barney insuffle au film une poésie légère à la Jacques Tati.
Couvert de prix dans son pays, "Moi qui ai servi le roi d'Angleterre" a notamment été sacré meilleur film tchèque en 2006.

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