HARARE (AFP) - Le président sud-africain Thabo Mbeki, médiateur dans la crise au Zimbabwe où la violence s'accroît, a eu vendredi un long entretien avec son homologue Robert Mugabe, dont le rival Morgan Tsvangirai doit annoncer samedi s'il sera candidat au second tour de la présidentielle.
Mbeki, critiqué pour sa mansuétude envers Mugabe, a eu plus de trois heures d'entretien avec le plus âgé des présidents africains, immédiatement après son arrivée à Harare.
Il n'a fait aucun commentaire, ni rencontré les responsables de l'opposition qui, par la voix de Tsvangirai, avait demandé en avril aux dirigeants d'Afrique australe qu'il soit "relevé de sa tâche" de médiateur régional.
"Le président Mbeki était ici pour avoir un aperçu de la situation et des développements dans le pays à la suite des élections, ainsi que des préparatifs" en vue du second tour, a déclaré le ministre de l'Information zimbabwéen, Sikhanyiso Ndlovu, lors du départ du médiateur.
Parallèlement, un porte-parole du Mouvement pour un changement démocratique (MDC-opposition) a indiqué que Tsvangirai, son leader, donnera une conférence de presse samedi à Pretoria: "Il déclarera de façon définitive s'il se présente au second tour et tracera également le contour de sa stratégie en fonction de sa décision".
Le MDC, qui a officiellement remporté les législatives du 29 mars, a revendiqué la victoire de son chef à la présidentielle, organisée simultanément, dès le premier tour avec plus de 50%. Le résultat officiel ne lui accorde que 47,9%, rendant nécessaire un second tour.
Tsvangirai, menacé d'être poursuivi pour trahison, a quitté le Zimbabwe depuis plusieurs semaines. Il rencontre dirigeants africains et diplomates pour accentuer la pression en vue d'un départ de Mugabe, 84 ans dont 28 au pouvoir.
Dans la journée, la tension est montée d'un cran avec les annonces de l'arrestation de leaders syndicaux et d'une aggravation des violences commises par les partisans du régime.
Le Congrès des syndicats du Zimbabwe (ZCTU), autrefois dirigé par Tsvangirai, a indiqué que son président, Lovemore Matombo, et son secrétaire général, Wellington Chibebe, avaient été arrêtés jeudi pour incitation à la rébellion contre le régime et propagation de fausses informations.
L'Association des médecins du Zimbabwe pour les droits de l'Homme a pour sa part dénoncé "une escalade spectaculaire des incidents de violence organisée et de torture, le nombre de victimes au cours de la période post-électorale dépassant maintenant les 900 personnes" et en a attribué la responsabilité aux "agents de la sécurité d'Etat".
Ce chiffre a été rendu public au moment où l'ambassadeur américain à Harare, James McGee, faisait rencontrer certaines des victimes, âgées de 4 à 80 ans, à d'autres diplomates dans une clinique privée d'Harare.
De nombreux dirigeants internationaux se sont inquiétés de la violence depuis les élections. Mais Thabo Mbeki s'est toujours refusé à critiquer Mugabe, en dépit du marasme économique dans lequel sombre son voisin du nord, avec plus de 80% de chômage et une inflation frôlant les 165.000% par an.
Il a été implicitement critiqué par Jacob Zuma, le nouveau chef du Congrès national africain (ANC) au pouvoir en Afrique du Sud, qui a qualifié de "crise" la situation zimbabwéenne et affirmé vendredi qu'il était important que toutes les parties soient engagées dans la médiation.
Les affirmations de l'opposition que 30 de ses partisans ont été tués par des pro-Mugabe ont été contestées par les autorités qui ont accusé des opposants d'incendies volontaires.
Les violences aggravent la tension au Zimbabwe, où la date du second tour reste à fixer. Il devrait théoriquement se tenir d'ici le 24 mai. Mais la commission électorale a déjà averti que l'attente pourrait durer.

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