PARIS (AFP) - Poèmes, eulogies funèbres ou comptes-rendus cliniques de lentes agonies : après six semaines de témoignages, les familles des victimes de l'hormone de croissance ont cédé la place mercredi à leurs avocats qui ont parlé argent et dédommagements.
Le tribunal correctionnel de Paris amorçait la troisième phase de ce procès, entamé le 6 février, où sept médecins et pharmaciens répondent d'homicide involontaire et/ou tromperie aggravée pour la mort de quelque 110 jeunes.
Pendant sept semaines, des experts ont multiplié les dépositions contradictoires sur l'état des connaissances scientifiques dans les années 80, quand ces jeunes trop petits ont été traités avec cette hormone fabriquée à base d'hypophyse : les prévenus auraient-ils dû connaître le danger de contracter la maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ) à partir de cette glande crânienne lorsqu'elle était prélevée sur des cadavres infectés?
Puis, depuis le 26 mars, parents, époux ou fratrie ont décrit le lent calvaire des victimes, évoquant leur courte vie fauchée.
Face à ces explosions de douleur, la défense n'a guère eu d'autre choix que d'écouter en silence. Tout au plus Jean-Claude Job, ancien président de l'association France Hypophyse, a-t-il demandé "pardon" tandis que Fernand Dray, ex-patron du laboratoire Uria de l'institut Pasteur, disait sa "tristesse infinie".
C'est sans broncher que ces scientifiques se sont vu reprocher leur "suffisance" ou leur "mépris pour les victimes", comme l'a encore répété mercredi Jeanne Goerrian, présidente de l'Association des victimes de l'hormone de croissance (AVHC).
Après ces six semaines de témoignages à charge, le tribunal doit désormais entendre jusqu'au mercredi 21, date probable des réquisitions, les demandes des avocats des quelque 200 parties civiles .
Car outre le sort des prévenus, qui risquent 3 ou 4 ans de prison (10 ans pour Fernand Dray également soupçonné de malversations financières), les trois juges devront décider aussi d'éventuels dommages et intérêts.
La plupart des familles ont déjà touché de l'argent : l'Etat, échaudé par le scandale du sang contaminé, n'a pas attendu la justice et a procédé, au nom de la solidarité nationale, à des indemnisations : 225.000 euros par décès, plus des sommes variables pour les proches.
Au total, 31,2 millions d'euros ont déjà été distribués, a révélé durant le procès une responsable de la direction générale de la Santé.
L'allocation de ces sommes s'est accompagnée de l'engagement signé par les bénéficiaires de ne pas chercher d'autres compensations. Mais, dès la première plaidoirie, il est apparu clairement que des demandes "d'indemnisations complémentaires" seraient formulées.
Au nom de "l'équité sociale", Me Frédéric Bibal demande justice pour ses clients les plus pauvres, qui ont veillé eux-mêmes leur proche faute de pouvoir payer une aide à domicile, un aspect pas pris en compte par le protocole d'indemnisation de l'Etat.
Pour cela, il réclame l'équivalent du salaire d'un garde-malade, 24 heures par jour, pour la durée de l'agonie (parfois plusieurs années).
Il invoque aussi le "syndrome de Damoclès", cette peur qui tenaille ceux traités à l'hormone de croissance mais qui n'ont pas à ce jour développé la MCJ. Evoquant des cas similaires concernant le sida ou l'hépatite C, l'avocat avance des sommes allant de 120.000 à 200.000 euros.

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