Officiellement, la France s'en remet au Danemark, pays hôte de la conférence de Copenhague sur le climat, pour rédiger un accord politique satisfaisant. Lire la suite l'article
Mais elle conduit parallèlement une double offensive pour encourager la constitution d'un front commun entre l'Europe, les pays émergents et les pays les plus pauvres, autour de ce qu'elle juge être les bases minimales d'un accord.
Le président Nicolas Sarkozy sera jeudi et vendredi aux sommets de l'Organisation du traité de coopération amazonienne et du Commonwealth, à Manaus et Trinité-et-Tobago, pour tenter de rallier ces pays à la position franco-brésilienne rendue publique le 14 novembre.
Pendant ce temps, son ministre de l'Ecologie, Jean-Louis Borloo, défendra à Pékin un document de travail avec lequel il a fait le tour de la planète et dont l'objet principal, selon l'Elysée, est de faire entrer dans le jeu les pays les plus pauvres, menacés d'être les oubliés de Copenhague.
La présidence française n'accorde aucun statut officiel à ce document, dans le souci évident de ne pas gêner les dirigeants danois, tout en essayant de peser discrètement.
"Ce n'est pas du tout un texte qui entre en compétition avec le travail des Danois", assure un conseiller de Nicolas Sarkozy.
"Le texte de Jean-Louis Borloo est un texte évolutif qui cherche à rassembler. C'est une maquette de ce que peut être l'accord mais le texte final, authentique, est dans les mains des Danois", explique un conseiller de Nicolas Sarkozy.
UNE TAXE SUR LES TRANSACTIONS FINANCIÈRES
Un texte danois que l'Elysée dit n'avoir toujours pas vu, tandis que d'autres responsables français n'expriment pas la même confiance dans les dirigeants de Copenhague.
Le document Borloo, amendé au fil des contacts du ministre, propose un plan massif d'aide aux pays les moins avancés (PMA).
Coût estimé de ce programme "justice-climat" pour les seuls pays africains : 250 milliards de dollars. Objectif : porter de 23% à 100% en 20 ans le taux d'accès des populations africaines à l'électricité, en faisant de l'Afrique "le plus grand producteur d'énergies renouvelables" du monde.
S'y ajoutent 50 milliards pour l'eau et la lutte contre l'érosion et cinq milliards pour la préservation de la forêt.
Pour les autres PMA (Afghanistan, Bangladesh, Bhoutan, Myanmar, Cambodge, Laos, Maldives, Népal et Yémen), le coût de ce plan, qui inclut des mesures d'atténuation des catastrophes naturelles, est évalué à 75 milliards de dollars.
S'y ajoutent 30 milliards de dollars pour les petits Etats insulaires menacés par les effets du réchauffement climatique.
Au total, ces programmes représentent 410 milliards de dollars, que le document Borloo propose de financer par une taxe de 0,01% sur les transactions financières.
A défaut, ils pourraient être financés par une contribution universelle des Etats, dont seraient exemptés les PMA, sur la base de leur PIB et de leurs émissions de GES.
Est également proposé un plan de réduction de moitié de la déforestation sur 30 ans (sept milliards de dollars par an).
PLANS NATIONAUX
Le document distingue une deuxième catégorie, les pays en développement faiblement émetteurs, autrement dit avec un PIB par habitant inférieur à 1.500 dollars par an et des émissions de CO2 par tête sous les deux tonnes par an, c'est-à-dire la cible à long terme préconisé par les experts scientifiques.
L'Inde est un cas typique de ces pays engagés dans une course au développement pour sortir de la pauvreté de masse.
Il ne leur serait pas demandé de prendre des engagements contraignants de réduction de leurs émissions mais d'élaborer des plans nationaux pour participer aux objectifs mondiaux.
Le document propose de mettre en place un fonds spécifique de 80 milliards de dollars pour les aider à accéder aux énergies renouvelables et à améliorer leur efficacité énergétique.
Troisième catégorie : les pays émergents à forte croissance, dont le niveau d'émission de GES est supérieur à deux tonnes par habitant et qui ont un large accès au marché du carbone, comme la Chine, la Corée du Sud, les pays d'Amérique latine, etc.
Le document propose qu'ils s'engagent à avoir une croissance moins intense en carbone, à atteindre un pic d'émissions de CO2 à l'horizon 2030 et à infléchir celles-ci par rapport aux prévisions du scénario "business as usual".
Aux pays industrialisés, il serait demandé de réduire leurs émissions de GES de 25% à 40% d'ici 2020 par rapport à 1990, pour atteindre 80% en 2050.
Cet objectif intermédiaire serait ainsi de 25% pour l'Australie, le Canada, le Japon ou la Russie, de 30% pour la Suisse ou l'Union européenne, de 40% pour la Norvège.
Le document Borloo propose enfin que les pays industrialisés qui n'ont pas ratifié le protocole de Kyoto sur la lutte contre le réchauffement climatique, comme les Etats-Unis, s'engagent à des réductions cohérentes avec l'objectif à 2050, c'est-à-dire d'au moins 15% à 25% à l'horizon 2020, pour aboutir en 2030 à un niveau comparable avec les pays qui ont ratifié Kyoto.
Edité par Yves Clarisse



